Plan simple de gestion : qui est concerné et comment le financer
Seuil de 20 hectares, plan volontaire dès 10 hectares, code de bonnes pratiques ou règlement type en dessous : qui doit avoir un plan simple de gestion, ce qu’il apporte et les aides à sa rédaction.

Beaucoup de propriétaires apprennent l’existence du plan simple de gestion (PSG) le jour où ils veulent couper un chêne, demander une subvention ou transmettre la forêt à leurs enfants. Le document est simple dans son principe : le programme de coupes et de travaux d’une forêt, sur dix à vingt ans, agréé par le Centre régional de la propriété forestière (CRPF). Qui doit en avoir un, qui peut s’en passer, ce qu’il ouvre comme droits et comment en financer la rédaction : voici ce qu’en disent le code forestier et le CNPF, et ce que contiennent les fiches d’aides vérifiées au 12 octobre 2026.
Le seuil : 20 hectares boisés
Le code forestier (article L312-1, tel que le présente le CNPF) impose un plan simple de gestion agréé aux bois et forêts de plus de 20 hectares situés sur une même commune ou sur des communes limitrophes. Le propriétaire établit le plan et le présente à l’agrément du CRPF. L’obligation vient du seul fait de posséder cette surface boisée.
Trois précisions du CNPF évitent les mauvaises surprises. Seules comptent les surfaces effectivement boisées, quelle que soit la nature de culture inscrite au cadastre : des arbres de tout âge et de toute dimension, ayant une vocation forestière. Les mares, chemins d’exploitation et équipements de défense contre l’incendie s’y ajoutent. Et seuls les îlots boisés d’au moins 4 hectares sont pris en compte, ceux situés sur la commune du plus grand îlot ou sur les communes limitrophes.
Un propriétaire qui possède 9 hectares boisés dans une commune et 14 hectares dans une autre, éloignée, n’est donc pas forcément concerné, tandis qu’un autre, avec trois îlots de 8 hectares sur deux communes voisines, dépasse le seuil. Si votre surface frôle 20 hectares, appelez le CRPF : le site du CNPF écrit « plus de 20 ha » à certains endroits et « 20 ha ou plus » à d’autres, et c’est le CRPF qui tranche pour une propriété pile à la limite.
Entre 10 et 20 hectares, et en dessous
Une propriété de 10 à 20 hectares n’est pas soumise à l’obligation, mais le propriétaire peut déposer un plan volontairement, sur un territoire cohérent d’un point de vue sylvicole, économique et écologique. Plusieurs propriétaires voisins peuvent présenter un plan concerté, tant que la surface commune dépasse 10 hectares (article L122-4 du code forestier).
Sous les 20 hectares, deux autres documents offrent la même garantie de gestion durable, à des conditions plus simples.
Le code des bonnes pratiques sylvicoles (CBPS) est élaboré par le CNPF dans chaque région et approuvé par l’État. L’adhésion est gratuite, pour dix ans et pour une liste de parcelles identifiées, accompagnée d’un état des propriétés, d’un plan de situation et d’un programme de coupes et travaux. L’engagement est personnel : en cas de vente, l’acquéreur signe son propre CBPS.
Le règlement type de gestion (RTG) s’adresse aux propriétaires non soumis au PSG qui confient la gestion à un tiers. Il est élaboré par une coopérative forestière, un expert forestier agréé ou l’ONF et approuvé par le CNPF. La forêt n’offre une garantie que si le propriétaire est adhérent d’une coopérative, ou lié par un contrat d’au moins dix ans aux conseils d’un expert forestier agréé.
Le tableau du CNPF résume : au-delà de 20 hectares, PSG obligatoire ; entre 10 et 20 hectares, CBPS, PSG ou RTG facultatifs ; sous 10 hectares, CBPS ou RTG facultatifs.
Ce que risque une forêt sans plan
Une propriété soumise à l’obligation mais sans plan agréé est placée sous le régime d’autorisation administrative (article L312-9 du code forestier). Toute coupe doit alors être autorisée par la DDT(M), sauf celles qui relèvent de la consommation rurale et domestique du propriétaire, hors bois d’œuvre. Pour un propriétaire qui veut vendre une coupe de chênes ou d’épicéas, cela ajoute une démarche et un délai, et l’acheteur le sait.
Le plan agréé dispense de ces autorisations, simplifie celles liées aux zonages réglementaires (Natura 2000, forêt de protection, sites classés, monuments historiques) lorsqu’il est agréé au titre de l’article L122-7, et dispense de déclaration les coupes situées dans les espaces boisés classés des plans locaux d’urbanisme. En cas de sinistre, le guide du reboisement après dépérissement ou sinistre précise les démarches d’urgence.
Ce que contient le plan, qui le rédige
Le contenu est fixé par l’arrêté du 19 juillet 2012 : une demande d’agrément, une carte de situation et le tableau des parcelles cadastrales ; une brève analyse des enjeux économiques, environnementaux et sociaux ; l’équilibre forêt-gibier et la chasse ; le plan de la forêt avec les types de peuplements ; les objectifs du propriétaire ; et le programme annuel des coupes et travaux. La durée est fixée par le propriétaire, entre 10 et 20 ans.
Le plan peut être rédigé par le propriétaire lui-même, ou par un professionnel : coopérative forestière, expert forestier agréé, gestionnaire forestier professionnel. L’agrément est donné par la délégation régionale du CNPF, qui tient la liste des rédacteurs et des modèles. Rédiger soi-même demande du temps et quelques notions de sylviculture. Le CNPF publie des témoignages de propriétaires qui l’ont fait, et sa délégation régionale organise des visites et des bilans à mi-parcours pour aider à s’occuper de ses bois. La Région Pays de la Loire accepte d’ailleurs, à la place d’un accompagnement par un professionnel, une formation FOGEFOR dédiée. Pour trouver un rédacteur près de chez vous, l’annuaire des professionnels de France Forêts les recense par métier.
Ce que le plan ouvre comme droits
C’est la partie la plus sous-estimée. Le CNPF rappelle que ces documents sont exigés par les services de l’État en contrepartie de demandes d’aides ou d’aménagements fiscaux. Concrètement :
Pour les aides publiques à l’investissement forestier, le tableau du CNPF indique un document de gestion appliqué pendant 15 ans.
Pour le régime Monichon (droits de succession et de donation) et l’exonération partielle d’IFI, un engagement de 30 ans d’appliquer une garantie de gestion durable. Si aucun document n’existe au moment de la transmission, le bénéficiaire dispose de trois ans pour en faire agréer un. Pour l’IFI, le CNPF précise que le plan doit contenir la liste des parcelles engagées, avec les dates d’engagement. Le guide de la fiscalité forestière détaille ces deux régimes.
Pour le crédit d’impôt DEFI Travaux, la propriété doit être gérée selon un PSG ou un RTG à la date des travaux, ou selon un CBPS avec programme de coupes approuvé depuis le 12 juillet 2023, hors groupements forestiers.
Pour la certification PEFC, un document de gestion est requis selon la surface.
Pour un propriétaire de 15 hectares de peupliers qui veut replanter avec l’aide de sa Région, le document de gestion est une condition du dossier : les aides au peuplier de Nouvelle-Aquitaine, de Pays de la Loire et du Grand Est l’exigent, et la condition revient dans la plupart des fiches du catalogue.
Financer la rédaction du plan
Les régions et départements aident à payer le rédacteur, avec des règles très différentes. Voici ce que disent les fiches vérifiées.
Centre-Val de Loire. La Région prend en charge 50 % du coût HT d’un PSG volontaire, d’une adhésion à un CBPS ou à un RTG, pour les forêts de moins de 20 hectares d’un seul tenant. L’aide minimale est de 1 000 € par projet, ce qui suppose une prestation d’au moins 2 000 € HT. Elle est versée directement au gestionnaire, pour des factures datées du 1er janvier 2024 au 29 juin 2027, dans une enveloppe régionale de 10 000 € par an sur quatre ans : le budget est limité, ne tardez pas.
Pays de la Loire. La Région finance à 70 % la rédaction d’un plan simple de gestion volontaire, selon un barème forfaitaire de 1 000 € par dossier et 500 € par propriétaire supplémentaire en PSG concerté. Les propriétés de moins de 10 hectares peuvent en bénéficier en se regroupant. Une adhésion à un système de certification forestière est exigée.
Hauts-de-France. La Région finance 50 % du coût d’un PSG volontaire, dans la limite de 800 € TTC, et 60 % d’un PSG concerté, dans la limite de 3 500 € TTC. La demande se fait en ligne avant la réalisation, avec le devis. Au 12 octobre 2026, la plateforme de dépôt était fermée temporairement pour un audit de sécurité, avec dépôt rétroactif annoncé.
Normandie. La Région finance à 100 % le conseil d’un professionnel agréé, dans la limite d’un plafond, le plus souvent 1 500 € HT par prestation, y compris pour un PSG volontaire. La structure agréée monte le dossier. Les demandes sont possibles jusqu’au 31 décembre 2026.
Grand Est. Aide de 65 % HT, plafonnée à 640 € pour 4 à 10 hectares, à 800 € plus 16 € par hectare pour un PSG volontaire dès 10 hectares, à 1 200 € plus 16 € par hectare pour un PSG concerté. Seul le premier document est financé, la demande précède le démarrage, et les dépôts sont ouverts jusqu’au 31 décembre 2026.
Bourgogne-Franche-Comté. Forfaits de 200 € (RTG de premier niveau), 400 € (RTG de second niveau) ou 800 € (PSG volontaire ou concerté dont une propriété au moins fait moins de 20 hectares), dans la limite du budget annuel, et à demander avant tout commencement.
Île-de-France. Forfaits de 400 à 1 200 € plus 100 € par hectare supplémentaire selon le document, avec un minimum de 4 hectares (10 hectares pour un PSG). Dossiers acceptés jusqu’au 31 décembre 2026, sans annonce de reconduction en 2027.
Var. Le Département finance 50 % du coût TTC d’un PSG obligatoire, première génération ou renouvellement, dans la limite de 3 000 €, et un forfait de 900 € pour un PSG volontaire à partir de 10 hectares, avec un rédacteur professionnel engagé pour au moins cinq ans et une adhésion à une certification de gestion durable.
Trois pièges reviennent dans ces dispositifs. La demande se dépose avant le début de la rédaction (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France). Le rédacteur doit souvent être un professionnel agréé ou une structure agréée par la Région. Et plusieurs dates limites tombent le 31 décembre 2026, sans promesse de reconduction.
Le catalogue complet figure sur la page Aides au plan de gestion, région par région.
Dans l’ordre
Mesurez d’abord la surface boisée concernée, îlot par îlot, avec les relevés de propriété. Demandez conseil à la délégation du CNPF de votre région. Comparez deux ou trois devis de rédacteurs. Vérifiez si une aide existe chez vous, et déposez la demande avant de signer. Faites rédiger, puis déposez le plan à l’agrément du CRPF. Conservez la décision d’agrément : elle conditionne les aides, le crédit d’impôt et les exonérations de transmission. Le simulateur vous indique les aides à la rédaction disponibles dans votre département, par exemple dans le Var ou la Loire-Atlantique.
Questions fréquentes
À partir de quelle surface un plan simple de gestion est-il obligatoire ?
Le CNPF indique qu’il est obligatoire pour les bois et forêts de plus de 20 hectares situés sur une même commune ou des communes limitrophes (article L312-1 du code forestier), seuls les îlots boisés d’au moins 4 hectares étant comptés. Si vous êtes à la limite, demandez au CRPF.
Que se passe-t-il si je n’ai pas de plan alors que j’en dois un ?
La forêt est placée sous le régime d’autorisation administrative (article L312-9 du code forestier) : toute coupe doit être autorisée par la DDT(M), sauf celles qui relèvent de la consommation rurale et domestique du propriétaire, hors bois d’œuvre.
Peut-on avoir un plan simple de gestion avec moins de 10 hectares ?
Le plan volontaire exige au moins 10 hectares sur un territoire cohérent, éventuellement avec des voisins dans un plan concerté. En dessous, le CBPS ou le règlement type de gestion offrent une garantie de gestion durable adaptée aux petites surfaces.
Combien de temps dure un plan simple de gestion ?
Le propriétaire fixe la durée, entre 10 et 20 ans, et le programme de coupes et travaux est annuel. Le plan est agréé par le CRPF.
Peut-on rédiger soi-même son plan ?
Oui. Le CNPF précise que le plan peut être rédigé par le propriétaire ou par un professionnel (coopérative, expert forestier agréé, gestionnaire forestier professionnel). Pour une aide régionale à la rédaction, le rédacteur doit souvent être un professionnel.
Le plan donne-t-il droit à des avantages fiscaux ?
Il conditionne le crédit d’impôt DEFI Travaux et, avec un engagement de 30 ans, le régime Monichon et l’exonération partielle d’IFI. Les détails sont dans le guide de la fiscalité forestière.
Sources
- Les documents de gestion durable des forêts privées : PSG, CBPS, RTG, CNPF
- Code forestier, articles L312-1 à L312-12, Légifrance
- Fiche DEFI Travaux, CNPF (mai 2026)
- Quel régime fiscal en cas de succession ou donation d’une forêt ?, CNPF
- Aide à l’élaboration d’un document de gestion durable volontaire, Région Centre-Val de Loire
- Aide à la rédaction d’un plan simple de gestion volontaire, Région Pays de la Loire
- Aide à la réalisation de documents de gestion durable, Région Hauts-de-France
- Normandie Forêt Conseil, Région Normandie
- Établissement de documents de gestion durable, Région Grand Est
- Aides aux documents de gestion durable, Région Bourgogne-Franche-Comté
- Soutien à la gestion durable des forêts franciliennes, Région Île-de-France
- Dispositif d’aide aux plans simples de gestion, Département du Var

